C’est la hot news du moment dans l’industrie musicale.
Après cinq tentatives infructueuses aux Grammy Awards et devant la création toute récente d’une catégorie réservée à la « Asian Music », BTS frappe un grand coup en refusant de participer à la cérémonie, mettant en avant le fait que la musique doit être internationale et ne pas être compartimentée.
« Nous avons décidé de ne pas participer aux Grammy Awards cette année », ont déclaré les membres de BTS dans des messages publiés simultanément sur leurs comptes Instagram respectifs. « Nous espérons que [notre] musique est écoutée et appréciée pour ce qu’elle est, plutôt que d’être rangée dans une catégorie en fonction de la région ou de la langue »
– BTS
Un pied de nez fait aux Grammys qui n’ont pas tardé à réagir en mettant en avant que la création de cette catégorie n’avait pas vocation à exclure les artistes, mais au contraire à leur donner de meilleures chances de reconnaissance en, je cite, « braquant les projecteurs sur ces artistes ».
« La catégorie “pop asiatique” a été créée pour célébrer la profondeur, la diversité et l’essor extraordinaire de la création pop en provenance d’Asie […] L’esprit de cette nouvelle catégorie, c’est de braquer les projecteurs sur ces artistes. »
– Harvey Mason, Jr., patron des Grammy Awards
En ligne, le débat fait rage entre ceux estimant que le groupe a raison de boycotter la cérémonie, alors que d’autres, au contraire, considèrent que la création d’une nouvelle catégorie offre à la musique asiatique la possibilité d’une meilleure représentation sur la scène internationale.
Le vrai sujet pourtant semble se situer ailleurs, car le refus de BTS de participer aux Grammys remet la pertinence de cette récompense en 2026 au centre du débat.
L’illusion de l’internationalité face à un système opaque
En 2021, BTS décrochait sa première nomination aux Grammys avec le titre Dynamite dans la catégorie Best Pop Duo/Group Performance. Une nomination historique pour un groupe de K-pop.

Puis le groupe est encore nominé pour la même catégorie en 2022, avec Butter. En 2023, ils mettent le paquet en soumettant My Universe dans la catégorie Best Pop Duo/Group Performance et Yet to Come dans la catégorie Best Music Video. Ils sont aussi nominés aux côtés de Coldplay dans la catégorie Album of the Year pour l’album Music of the Sphere (sans doute grâce à la chanson My Universe).
5 nominations. Aucune victoire. Pourtant le groupe domine déjà les charts avec des records d’écoutes et de vues sur leurs albums et des morceaux en tête du Billboard pendant plusieurs semaines.
Alors, quels sont vraiment les critères des Grammys, et qui vote ?
Remporter un Grammy : un système de vote opaque
Une chose est sûre : les ARMY n’ont pas leur mot à dire pendant les votes. Si c’était le cas, BTS aurait tout raflé haut la main.
Le système repose entièrement sur des « Voting Members » (plus de 13 000 professionnels de l’industrie). Pour voter, il faut remplir des critères stricts :
- justifier d’au moins 12 crédits vérifiables (c’est-à-dire avoir contribué sur des singles ou albums distribués commercialement en tant qu’artiste, producteur, ingénieur, auteur, musicien..)
- être parrainé par deux membres de l’Académie
- payer une cotisation.
Ensuite les membres votent souvent en fonction de critères très subjectifs :
- leur perception de l’innovation, de la cohérence d’un album, de la performance vocale/instrumentale, de la qualité de production, etc.
- leur goût personnel et leur sensibilité artistique,
- leur connaissance du genre et de ses codes,
Il n’y a aucune grille de notation. Chaque membre reçoit un bulletin en ligne et est invité à ne voter que dans ses champs de compétence…selon son bon plaisir et sa sensibilité.
Quand on sait que le jury est majoritairement composé d’hommes, environ la moitié de personnes blanches, et 66% de plus de 40 ans, même si ces critères ne laissent rien présumer de leurs goûts musicaux, on est en droit de se demander s’ils sont les mieux placés pour juger certaines catégories (a.k.a la K-pop).
D’ailleurs, les résultats de ces dernières années ont plutôt tendance à confirmer nos soupçons. Le seul album non anglophone à avoir remporté dans la catégorie Album of the Year, c’est celui de Bad Bunny…. en 2025. Aucun album non anglophone n’a gagné dans la catégorie Best Duo/Group Performance.
Ce système ne semble donc pas favoriser la diversité.
La création de sous-catégories : une fausse bonne idée ?
Pour faire face aux critiques sur son manque de diversité, la Recording Academy utilise depuis longtemps la même recette : créer de nouvelles catégories. On l’a vu avec les musiques urbaines ou la Black Music. Aujourd’hui, ils récidivent en lançant une catégorie dédiée à la musique asiatique.
Certes, ouvrir des portes à d’autres genres régionaux peut sembler une bonne intention. Quelque part, ouvrir une nouvelle catégorie, c’est effectivement laisser plus d’opportunités de reconnaissance à des artistes moins bien connus du grand public. Mais c’est aussi une façon de limiter ces artistes à une catégorie.
Dans sa réponse, Harvey Mason Jr., le président des Grammys, expliquait que le règlement n’empêche pas les artistes à concourir dans plusieurs catégories. Sous-entendant que BTS pourraient se présenter dans la catégorie Album of the Year ET dans la catégorie Asian Music.
Pourtant la réalité du système de vote actuel et la composition des membres du jury laissent supposer que cette sous-catégorie permettra de récompenser les artistes asiatiques sans que le jury ait à les récompenser sur des catégories habituellement réservées aux artistes anglophones.
Alors que faire ?
À ce stade, la seule solution à ce problème semble être une refonte du système de vote en instaurant une grille d’évaluation transparente avec des points pour la performance vocale, la qualité de production, la recherche lyrique ou l’impact culturel…Mais également la mise en place d’un quota dans les jurés pour assurer une bonne représentativité de tous les genres musicaux et ethniques.
Mais cela prendrait sans doute des années à instaurer et d’ici là l’engouement sur nos artistes préférés sera peut-être déjà passé…
Le paradoxe BTS face à l’exemple Bad Bunny
Le refus de BTS de se faire catégoriser soulève néanmoins un paradoxe passionnant au sein de leur propre stratégie culturelle.
Pour conquérir le public international, BTS a fait le choix de la sur-anglicisation avec des titres comme Dynamite, Butter et plus récemment leur nouvel album Arirang (cf. article : BTS et le paradoxe de la K-pop mondialisée)
Le groupe a parfois relégué ses racines coréennes à une touche marketing, un simple emballage « Rooted in Korea » (comme le snippet Arirang sur Body to Body). Ils ont joué selon les règles de la radio mondiale et n’ont pourtant pas réussi à se faire accepter.
À l’inverse, en remportant le titre d’Album of the Year avec DeBÍ TiRAR MáS FOToS, un album 100% espagnol, Bad Bunny est rentré dans l’histoire en prouvant par la même occasion qu’un artiste n’a pas besoin de renier sa langue ou d’adapter son art pour s’imposer au sommet.
N’est-ce pas en fin de compte ce que cherche à montrer BTS ?
« Nous espérons que notre musique est écoutée et appréciée pour ce qu’elle est, plutôt que d’être rangée dans une catégorie en fonction de la région ou de la langue » – BTS
Cette phrase aurait été encore plus puissante si Arirang avait été entièrement en coréen. Car OUI leur musique est appréciée pour ce qu’elle est. En témoignent leurs millions de fans à travers le monde, et ça même avant qu’ils ne chantent en anglais.
L’album BE (leur avant-dernier vrai album) s’est vendu à environ 5,4 millions d’exemplaires physiques dans le monde avec Dynamite en anglais certes, mais tout le reste des morceaux étaient majoritairement en coréen.
Comme pour enfoncer le clou, cette même année, les artistes brésiliens Caetano Veloso et Maria Bethânia (album : Caetano e Bethânia Ao Vivo) ont remporté un Grammy dans la catégorie Best Global Music Album.
Gagner dans cette catégorie est donc difficile, mais pas impossible !
En 2026, qui a encore vraiment besoin des Grammys ?
En toute franchise, si je comprends la décision de BTS de ne pas participer cette année, je trouve que créer une autre catégorie, a le mérite de mettre sur le devant de la scène des artistes qui autrement n’auraient pas pu avoir accès aux membres du jury, mais également aux téléspectateurs américains qui regardent l’émission.
Cependant en 2026, qui a encore vraiment besoin des Grammys pour la reconnaissance ?
Je comprends la volonté de vouloir être accepté par les membres d’une institution référente en matière de musique. Mais si cette institution est datée et ne se renouvelle pas … peut-on encore la considérer comme une référence ?
Aujourd’hui, le Billboard, les charts globaux, les records de streaming et les concerts à guichets fermés dans les plus grands stades du monde semblent avoir bien plus de valeur et de légitimité que la validation d’un comité secret basé aux États-Unis.
En boycottant la cérémonie, BTS ne fait pas qu’exprimer une frustration : ils remettent l’institution musicale américaine face à une nouvelle vérité. L’industrie musicale mondiale s’est démocratisée, et les artistes d’aujourd’hui n’ont plus besoin d’un trophée obtenu selon des critères opaques pour prouver leur impact culturel. Les Grammys doivent se mettre à jour.
Et toi, penses-tu que les Grammys ont encore une quelconque légitimité aujourd’hui, ou sont-ils devenus totalement obsolètes face à la mondialisation de la musique ?
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Sources :
- https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/07/30/bts-renonce-aux-grammy-awards-2027-en-desaccord-avec-la-nouvelle-categorie-pop-asiatique_6736773_3246.html?srsltid=AfmBOoopIx3acEwzM_1TTfBeHPXb1pnFIMbW9pILhbv3bf2QA1Hz4LEr
- https://www.grammy.com/artists/bts/287749/
- https://www.grammy.com/awards/voting-process/
- https://chartmasters.org/bts-albums-and-songs-sales/
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